… que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, a chanté Aznavour.
Aujourd’hui je vous emmène faire un petit tour dans le passé. On remonte le temps de deux bonnes décennies. La préhistoire pour les plus jeunes d’entre-vous.
Retour en 1985. J’avais 14 ans.

En 1985, la Pologne était sous le joug du général Jaruzelski. La RDA subissait encore Erich Honecker et un certain Mikhaïl Gorbatchev n’avait pas encore remplacé le premier secrétaire du Parti communiste de l’Union Soviétique, Constantin Tchernenko.

J’étais en 3e. Ma maman, qui enseignait l’histoire-géo, avait organisé un échange entre le collège où elle travaillait et le lycée de Zagan, au sud-ouest de la Pologne. En 1985, c’était rare d’avoir des relations avec un pays du bloc de l’est. Un Polonais n’avait pas de correspondant français, et ma maman a pensé à moi.
Merci encore, Maman! C’était un échange et un voyage dont je me souviendrai très longtemps.

Pour aller en Pologne en train, il fallait passer par la RDA. Je vous passe les tracasseries administratives pour obtenir un visa: c’était un marathon. Mais comme mes autres compagnons de voyages, je l’ai eu.
Je dois avoir laissé une petite trace quelque part dans les archives de la Stasi…

A l’époque, on ne savait pas grand chose de ces pays de l’Est à part ce qu’on en voyait dans les médias. Les gens de l’est n’étaient pas comme nous. On les imaginait très pauvres, opprimés par le régime communiste. Ils s’habillaient bizarrement et certains étaient dans des mouvements de jeunesse communiste. C’était le bloc soviétique. Nous, nous étions dans le bloc américain… et ravis de l’être.

Nous n’étions pas ennemis, mais c’était tout comme. En 1985, les fusées Pershing étaient déployées en RFA, avec le soutien de François Mitterrand, pour faire face aux SS20 soviétiques. L’armée rouge n’était qu’à quelques heures de Strasbourg. Une bonne ambiance de fraternité pan-européenne, comme vous voyez.
Aujourd’hui, c’est presque incroyable de penser que notre continent pouvait être coupé en deux blocs hostiles. Ça ne fait que 20 ans, finalement. Encore ce matin, dans les journaux, on parle de la nomination d’un président pour l’Europe.

Alors passer le rideau de fer pour aller voir comment c’était derrière, et vivre quelques semaines dans une famille polonaise, quelle chance. Nous sommes partis en direction de l’est, avec beaucoup de curiosité, mais aussi un peu d’appréhension. Ma maman a eu du cran pour partir comme ça avec une vingtaine d’élèves. Je me souviens qu’elle a eu des sueurs froides au passage de la frontière entre les deux Allemagnes.

Ce passage de frontière entre la RFA et la RDA, je m’en souviendrai toute ma vie.
Notre train s’est arrêté sur un coin de la voie ferrée, entre deux rangées de barbelés. Interdiction de regarder par les fenêtres (ce que nous avons fait quand même, parce qu’à 14 ans, on est très curieux). Le train était éclairé par de gros spots. Il y avait des chiens et des gens en uniforme. On s’imaginait déjà au goulag au fond de la Sibérie pour un regard de travers.
On passait à l’Est, quoi. C’était très impressionnant.

Des gardes- frontière sont entrés dans le train et ont fait tous les compartiments un à un. Ils ont réclamé nos passeports (Passeport, bite!!), inspecté nos visas et apposé tout un tas de tampons sur leurs petits bureaux portatifs. Et puis le train est reparti. En quittant la RDA et en entrant en Pologne, ça a été le même cinéma. Ça a pris des heures.
De mon voyage en Pologne, j’aurais beaucoup de choses à dire et à vous montrer. Il faudrait que je retrouve (et scanne) mes photos. C’était vraiment intéressant.

Au cours de ce voyage, je me suis procuré ce petit livre (je me demande si on ne me l’a pas offert, d’ailleurs). C’est avec ce livre que je vais illustrer ce billet et les prochains. Je ne pense pas que quelqu’un me poursuive pour les droits d’auteur, maintenant que la RDA a disparu.
Vous l’avez compris: cette semaine, l’Europe fête les 20 ans de la chute du mur de Berlin et j’ai envie d’y consacrer quelques billets.
A demain!


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Super article Olivier, c’est vrai que les temps ont bien changé. Je ne suis jamais allé à l’Est à l’époque mais je me souviens avoir réussi quelques fois à capter des programmes télé est-allemands (à l’automne, quand il y a de la propagation), et puis quand je suis à Berlin je n’arrive plus vraiment à savoir si je suis dans l’ancien Berlin-est ou Ouest.
J’ai hâte d’en apprendre plus sur ton voyage en Pologne. J’ai prévu d’y aller l’an prochain, mais ce sera une Pologne toute autre (vaut-il mieux Jaruzelski ou les frères Kaczyński?)
Fredo: la Pologne a considérablement changé depuis 1985. Je ne suis pas sûr de reconnaître ce que j’ai visité quand j’y retournerai.
J’ai découvert Berlin au lendemain de la chute du Mur. La ville était encore bien marquée par sa “double vie”. J’y suis retournée l’été dernier et tout a changé, c’est fascinant ! Je ne parle pas du tout allemand mais on sent que la ville est vivante et vibrante. J’ai comparé mes photos ici : http://goldentulip13.canalblog.com/tag/Berlin.
Crumble: oui, c’est une ville qui change très vite. J’ai hâte d’y aller. Je prévois ça pour l’année prochaine.
Ah oui j’attends avec impatience que nous raconte ton voyage en Pologne avant la Chute du Rideau de fer, ton article a éveillé ma curiosité
C’est également mon voyage en Pologne (mais moi c’était avant… l’entrée dans l’Union européenne) qui m’a ouvert sur ces “Européens de l’est”, de qui je me suis senti finalement très proche, malgré mes appréhensions avant mon départ.
Titem, je raconterai ce voyage en Pologne plus tard. Mes photos sont chez mes parents. Ce sera tout un travail de scanner ça… Mais je le ferai, c’est promis.
Ton voyage en Pologne a dû te faire le même effet que celui que m’a fait mon voyage en Tchécoslovaquie et Hongrie en 1992.
Dans un autre ordre d’idée, hier global nous a présenté le premier épisode de leur nouvelle série, “V, les visiteurs”.
Les années 80 sont à la mode!
Évidemment moi, mon petit dernier n’avait que 4 ans et l’impact de la chute du Mur fut très diffus dans ma vie de Nord-Américaine.
La semaine passée, j’ai regardé un excellent documentaire racontant tout ça, avec images d’archives, témoignages de personnes condannées à vivre à l’Est du jour au lendemain ou d’autres qui rentrant de l’Uni… ont dû rester à l’Ouest. Eux: c’était vraiment plus par choix par contre.
J’ai hâte de lire la suite de ton voyage!
Béo: quand je suis allé en Californie en juin 1990, ma famille d’accueil disait “on croirait voir la lune”, quand on suivait les actualités sur le mur de Berlin et la future réunification allemande. Ça leur semblait à des années lumières de leur actualité.
Après certains Américains (pas cette famille, heureusement) se sont convaincus que c’était grâce à eux si tout ça s’était passé, oubliant au passage le courage de plein de gens qui se sont battus pour leur droits (les gens de Solidarité, en Pologne, par exemple). Jusqu’à ce que Rumsfled affirme que les E-U avaient gagné la troisième Guerre mondiale, et qu’ils allaient gagner la quatrième, en Irak.
Comment réécrire l’histoire à son avantage…
85 ! L’année de naissance de mon premier enfant
Cela me semble si loin et évidemment si proche. La RDA était une sorte de cauchemar dont nous plaignions les habitants.
Valérie: oui ce n’est pas si vieux, et pourtant tout a changé en Europe depuis 20 ans. Ne serait-ce que de pouvoir aller à Berlin, Prague ou Budapest en week-end, “comme ça”.
Très bon article Olivier, on attend la suite avec impatience !
J’ai regardé mardi soir pour la deuxième fois, le film “Good Bye Lenin” et il dégage une émotion extraordinaire. On peut imaginer la joie de ces peuples opprimés lorsque le rideau de fer est tombé, c’est fou de penser qu’ils étaient enfermés. En 20 ans, l’histoire s’est accélérée pour eux, et on ne peut que se réjouir.
Philippe: j’aime beaucoup ce film. Oui, on peut se réjouir. Et construire ensemble une Europe en paix, où tout le monde a sa place.
Bonjour,
Opprimés sûrement, et pourtant, j’ai vu à la télé des interviewés regretter cette période, il me semble que c’était en Russie.
L’écart entre les riches et les pauvres s’est creusé, l’alcoolisme fait rage … sans parler du chômage … La vie est meilleure ?
ça y est Olivier I L a signé ! je l’ai vu à la télé ça ne fait pas gd bruit et pourtant maintenant le traité de Lisbonne va pouvoir se mettre en place …
Mylène: c’est vrai qu’il y avait de bons côtés dans ces pays là aussi.
Pas de bling-bling, là bas…
Pour Klaus: enfin! Lisbonne sera en place le 1er décembre. C’est une bonne nouvelle.
On a le même âge et moi aussi à l’époque j’appartenait à l’Ouest mais je visitais l’Est à l’occasion des vacances dans ce qui était encore la Tchécoslovaquie.
Vilay: tu y allais souvent?
À l’époque, j’étais petit et je ne me souviens plus très bien de ces évènements. Mais quel bouleversement !
Pour reprendre le commentaire de Mylène, certains allemands de l’ex-RDA ont en effet pu découvrir la liberté de parole et de mouvement. Ils ont également pu découvrir…le chômage et la pauvreté, ce qui n’existait pas vraiment avant la chute de mur, ou dans des proportions bien moindres. On vivait modestement, mais on vivait quand même. Ce qui est passionnant, c’est que malgré l’oppression politique et policière, il y avait un sentiment d’entraide en RDA, il y avait une culture, un folklore, de la musique ; les gens vivaient tous à peu près dans les mêmes conditions sociales, tuant subtilement dans l’oeuf tous les désordres, les violences, les vols etc. On vivait surveillé, encadré, mais on vivait avec une famille, un travail, et des loisirs. Nombre d’entre eux ont perdu tout ça…
Je comprends donc la nostalgie de certains. Maintenant, la suspicion ambiante, la police secrète, les camps de détention, je ne crois pas que quiconque les regrette.
RDA, pure utopie ? Oui, la preuve, car tout régime utopique, s’il est fondamentalement appliqué, vire immanquablement à la dystopie. Maintenant, vaut-il mieux penser “librement” et affirmer ses positions, aussi idiotes soient-elles, sous couvert de démocratie mais en subissant les pires inégalités sociales ? Ou se taire et vivre correctement mais sans excès ? Je me pose la question. Après tout, la démocratie est également une forme de régime totalitaire.
Quelqu’un a bien dit un jour que la démocratie, c’est la tyrannie de la majorité. Bush a été réélu deux fois. CQFD.
Bref, on ne va pas refaire l’histoire, on ne va pas théoriser sur le bien fondé des régimes totalitaires. Mais ce sont des questionnements passionnants. À relire : 1984, Le meilleurs des mondes et L’Utopie
On veut la suite du voyage !
Moi-même: je préfère de bonnes conditions sociales plus la liberté de parole.
Si, si, je suis sûr que c’est possible.
Il y a bien une voie entre le régime soviétique et le capitalisme débridé anglo-américain, non?
Le prochain billet sur la RDA et le mur est en ligne. Pour la Pologne, ça sera plus tard. Je ferai quelques billets sur le Gabon, aussi.
Merci pour ce type d’article intéressant ! j’avoue : j’attends de voir tes photos perso (non non pas pour me moquer promis)
Génial ton article, il me touche beaucoup. As tu vu le film Bye bye Lenine? C’est tout a fait l’ambiance que tu décris avec ton livre!
Je suis un peu plus vieille que toi! J’ai connu le Berlin divisé avant 1999, par contre, j’étais à Belgrade à la chute du mur, impossible de ne pas m’en souvenir, pour feter ca , un yougoslave m’a invité au …Mac Do (c’était assez cher !) et ensuite je suis allée pour les fêtes en Pologne. Un mois d’euphorie. Les gens accueillaient les étrangers en “sauveur’, tout le monde parlait à tout le monde, on donnait des paquets de café en cadeau, c’était un luxe à l’époque. Ca a été une période de transition aussi pour moi, 6 mois après le mur, j’ai immigré à Montréal!
Xtine: comment c’était à Belgrade? Parce qu’avec son régime socialiste, la Yougoslavie ne faisait pourtant pas partie du bloc soviétique.
C’est une région du monde où j’aimerais bien aller, pas forcément la Serbie et Belgrade, mais la Slovénie, la Macédoine, le Monténégro et l’incontournable et très touristique Croatie.
Tiens, petite provoc au passage: la voirie de Montréal n’a rien à envier à la voirie polonaise des années 80.
rectificatif: Le Berlin divisé avant 1989 (pas 1999, sorry)!
Ce récit est empreint d’un réalisme saisissant…On a presque l’impression que tu as vécu le goulag de l’intérieur. Vite, la suite !
W&S: Le goulag, ça devait être bien pire, tu sais.