Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait?
Les électeurs irlandais ont donc repoussé le Traité de Lisbonne avec 53,41 % des votants.
Le Traité de Lisbonne ne pouvait entrer en vigueur que si les 27 États membres de l’Union Européenne le ratifiait, ce qui ne sera donc pas le cas. Nous restons encore avec les règles du Traité de Nice. L’Europe va donc continuer avec ses présidences semestrielles tournantes. La France, qui prend en charge la présidence de l’Europe le1er juillet a du travail sur la planche pour faire face à cette nouvelle crise de confiance entre les citoyens et leurs élus.

Bon, et maintenant, qu’est-ce qu’on fait? On arrête tout, ou on continue autrement? Autre chose? Mais quoi? Quelle Europe veulent ceux qui sont contre la Constitution et le Traité de Lisbonne?
Moi, j’aimerais déjà qu’on envisage un système de vote pan-européen pour que tous les citoyens puissent décider ensemble et en même temps des politiques communes à mettre en œuvre. Ça serait nettement plus démocratique, après tout.
Mais bon, après tout, pourquoi faire une Europe politique?
On pourrait se contenter de l’Europe économique que nous avons aujourd’hui, et du Grand marché unique créé en 1993; projet achevé avec l’euro il y a 10 ans. Ce ne serait pas pour déplaire à la Grande-Bretagne, aux royaumes scandinaves… et à l’Irlande, donc.
Pareil, pour l’Europe de la défense. Pourquoi la faire? Après tout, l’OTAN est là pour garantir la sécurité des Européens. Il suffit de s’aligner sur la politique étrangère des États-Unis. C’est ce que pensent les Anglais et les Tchèques.
Et l’Europe universitaire? On continue Erasmus, ou pas? De toute façon, les cerveaux du monde entier continuent d’affluer en Amérique du Nord. Est-ce vraiment utile de faire étudier ensemble les étudiants européens?
Pareil pour l’Europe des technologies: Ariane, Galileo (le GPS européen), l’A380. Doit-on continuer? Sans doute pas, d’après les Français, les Néerlandais et les Irlandais.

Et pourtant, il y a des défis énormes à relever à l’échelle de l’UE, voire du monde.
Séparément, les 27 États de l’UE seront bien impuissants quand, par exemple, le pétrole dépassera les 100$ le baril, ou quand il n’y en aura plus du tout. Et quel poids pèse chaque membre face aux pressions américaines (et canadiennes) pour que l’UE ouvre son marché aux OGM?
Et face à la Chine et à l’Inde, l’UE d’un demi-milliard d’habitants peut-elle encore continuer de dire tout et son contraire, en même temps et en 23 langues?
Ne pourrait-on pas laisser les États les plus volontaristes (Belgique, Luxembourg, Allemagne, Pays-Bas, Espagne…) faire une Europe politique sans les États membres qui n’en veulent pas? Après tout les Accords de Schengen ne sont pas non plus appliqués en Irlande et en Grande-Bretagne. Le Danemark a refusé la citoyenneté européenne et les Suédois repoussent tant qu’ils le peuvent l’adoption de la monnaie unique. Ça n’empêche pas ceux qui veulent aller plus loin de le faire. C’est l’Europe concentrique de Jacques Delors, ou l’Europe à la carte. Ça serait une solution.
Peut-on même imaginer que cette avant-garde bâtisse seule une Europe confédérale? Elle ferait la liste des compétences exclusives de ses États et la liste des compétences européennes. Il y aurait des élections pan-européenne pour choisir qui gèrerait l’Europe, et donc qui on pourrait houspiller quand ça ne va pas.
Pourquoi ça fonctionnerait en Allemagne et en Suisse mais pas en Europe? A cause des langues, des cultures trop différentes? Mais les Bretons et les Provençaux non plus, n’ont pas exactement la même culture, et il y a 150 ans, ils ne parlaient pas non plus la même langue…
Non, vraiment. Aujourd’hui était vraiment un mauvais jour pour les partisans du “yes”. Un vrai vendredi 13.
juin 13, 2008 16 commentaires
