L’Europe, quel numéro de téléphone ?
Who do I call if I want to call Europe? (L’Europe, quel numéro de téléphone?) se demandait Henry Kissinger dans les années 70.
Pour le moment, c’est encore très confus: le Conseil européen est dirigé par le slovène Danilo Türk, la Commission est présidée par José Manuel Barroso. Va s’ajouter très bientôt un ministre des affaires étrangères de l’UE, poste aujourd’hui occupé par Javier Solana en tant que “Haut représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune”, mais conjointement avec la Commissaire chargée des relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner.
Ajoutez à ça que le président français se vante d’être de juillet à décembre “le président de l’Union Européenne”, alors que le poste n’existe pas encore…
Ouf! Il est grand temps de faire un tri là dedans.

Jon et Jan, deux jeunes Européens fédéralistes, tentent de répondre au Secrétaire d’État de Richard Nixon. Ils ont lancé une pétition pour la fusion des postes de Président de la Commission européenne et de Président du Conseil européen en une seule fonction, celle de président de l’Union Européenne. C’est vrai que ça y gagnerait en clarté.
On en discute sur ce site web et ce blogue, où on trouve aussi les dernières rumeurs sur les candidats au poste de président.
- On parle ainsi de Tony Blair. Nicolas Sarkozy soutient sa candidature. Mais d’autres comme Jean-Pierre Jouyet, son ministre des Affaires européennes, souhaitent que le président soit issu d’un pays qui fasse partie de l’espace Schengen et de la zone euro, ce qui n’est pas le cas de la Grande-Bretagne. Il y a aussi une campagne pour barrer la route à Blair.
- Anders Fogh Rasmussen, le premier ministre danois, aimerait bien aussi être le premier président de l’Union Européenne. Comme le Danemark a obtenu des dérogations pour rester à l’écart de la zone euro, sa candidature est contestée. Rasmussen va organiser un référendum en novembre pour demander aux Danois si le royaume peut rejoindre la zone euro. De toute façon, comme Tony Blair, il a manifesté un trop grand soutien à la politique de George Bush, en particulier au moment de l’invasion de l’Irak, ce qui plombe sa candidature.
- José Manuel Barroso, l’actuel président de la Commission, aurait là une belle promotion. Franchement, je ne suis pas chaud. Lors de l’invasion de l’Irak, lui aussi était dans les pro-Bush, et je ne trouve pas qu’il soit brillant à la tête de la Commission. L’Europe n’a jamais été autant en panne, depuis qu’il dirige la Commission.
- Jean-Claude Juncker est premier ministre du Luxembourg depuis 1995. Pilier de la construction européenne, il préside aujourd’hui l’Eurogroupe, qui regroupe les ministres des finances de la zone euro. Mais il est peu connu en dehors du Luxembourg et de ceux qui s’intéressent à la construction européenne. Je le verrais mieux à la tête de la Commission, ou comme ministre des Affaires étrangères de l’UE.
A mon avis, Bertie Ahern, ancien premier ministre irlandais, Guy Verhofstadt, l’ancien premier ministre belge et Mikulas Dzurinda, ancien premier ministre slovaque, ont peu de chance. Pas plus que Valéry Giscard d’Estaing (qui rêve de ce poste depuis toujours) et l’ancien président polonais Alexander Kwasniewski.
Enfin, le nom d’Angela Merkel revient régulièrement. Elle serait ma favorite. D’abord parce que c’est elle qui a remis sur pied l’Europe avec le Traité de Lisbonne. Elle a montré ses compétences à la tête du plus grand pays de l’UE. Et puis une présidente de l’Europe, ça ne me déplairait pas.

Maintenant, tout ça, c’est très bien, mais ce qui est prévu par le Traité de Lisbonne, c’est que le Conseil européen va se réunir, et que les 27 chefs d’État et de gouvernement vont décider entre eux, probablement à huis clos, qui sera le président de l’Union Européenne pour les années à venir. Clairement, on ne nous demande pas notre avis!
La comparaison avec l’élection américaine n’est franchement pas flatteuse pour la démocratie européenne. Je devrais suggérer à Jan et Jon de lancer une seconde pétition pour l’élection de ce premier président au suffrage universel direct.
Rien à voir, il y a maintenant des magasins de New York qui acceptent les billets en euros (source BBC). Les temps changent…
L’euro est au dessus des 1,52 $us pour un euro, ce qui semble exaspérer toute la classe politique européenne, à commencer par la France. En dollar canadien, il monte un peu aussi (1 € = 1,51 $ca).
mars 5, 2008 8 commentaires
