Le blogue-trotter d’Olivier de Montréal
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US-Visit et Eurosur : sécurité ou liberté?

Dans mon ancien blogue, j’ai souvent râlé contre le système US-Visit qui oblige les visiteurs qui se présentent aux frontières américaines à y laisser une photo et les empreintes digitales de leurs deux index, et contraint ceux qui ne possèdent pas le dernier modèle de passeport à demander un visa, par une procédure longue, compliquée et coûteuse.
Depuis quelques mois, le Japon oblige aussi tous les voyageurs non japonais à laisser leurs empreintes dès leur arrivée dans l’archipel.

Malheureusement, l’Europe devrait suivre ces (mauvais) exemples, en mettant en place EUROSUR, un système très proche de US-Visit, d’ici 2012.

Franco Frattini

En janvier, le commissaire européen à la justice, Franco Frattini, a expliqué qu’en Europe aussi, “nous devons trouver un équilibre entre sécurité et droit de circuler”. Il a soumis aux 27 ministres de l’Intérieur de l’Union le projet EUROSUR, qui pourra dans un premier temps garder en mémoire les données de tous les visiteurs qui entrent et sortent de l’espace Schengen. Les données transmises par les compagnies aériennes, déjà: nom, prénom, adresse, numéro de carte de crédit… mais aussi des données biométriques, par exemple des empreintes digitales et une photographie.
Ce système serait mis en place en priorité aux frontières de l’Union Européenne avec l’Afrique du Nord et l’Europe de l’est, d’où viennent la majorité des travailleurs clandestins. “Il serait paradoxal que nous n’ayons pas ce que nous faisons avec les Américains”, a dit Michèle Alliot-Marie, la ministre française de l’intérieur.
Il est vrai que l’UE partage déjà avec les autorités américaines les données sur les voyageurs qui se rendent aux Etats-Unis depuis l’Europe, malgré les réticences du parlement.

Il s’agit surtout de savoir si les visiteurs de l’Union Européenne sont partis ou s’ils sont encore sur le territoire européen à la date d’expiration de leur visa. Pour Franco Frattini “nous ne pouvons pas tolérer que des personnes arrivées légalement entrent dans l’illégalité”.

Bref, EUROSUR ressemble beaucoup à US-Visit par ses objectifs et ses moyens.

Parlement européen

Franco Frattini a présenté son plan devant le parlement européen aujourd’hui. Sur Euronews, Joseph Daul, le président du groupe du Parti populaire européen (la droite européenne) majoritaire au parlement, explique que “ce n’est pas uniquement pour bloquer les gens à la frontière. C’est aussi vis-à-vis de la sécurité de nos concitoyens qu’il faut voir ce problème (…) il faut aussi une certaine assurance et une certaine sécurité pour nos concitoyens qui ont subi des attentats comme en Espagne.”
La Commission souhaite également renforcer le rôle de l’agence Frontex, qui surveille les frontières extérieures de l’espace Schengen, et souhaiterait aussi la création d’un corps européen de garde-frontières.

Heureusement, ce projet est aussi très critiqué. Toujours sur Euronews, Graham Watson, chef des Libéraux, souligne que l’on peut craindre que “les empreintes digitales et le système de collecte de données en train d’être développé puissent être utilisés à d’autres effets.”

Aux frontières de l'UE

Si le plan du Commissaire Frattini est mis en œuvre, les citoyens européens n’auront pas à laisser une empreinte et une photo à la frontière européenne. C’est une mesure qui ne concernerait que les visiteurs non-européens… mais juste dans un premier temps, puisque d’après la Tribune, les mesures proposées par M. Frattini s’inspirent largement des contrôles aux frontières déjà pratiqués aux États-Unis, mais iraient plus loin en exigeant que les ressortissants de l’UE soumettent également leurs empreintes digitales dans le cadre d’un nouveau système de contrôle douanier informatisé aux frontières de l’Union.

Je suis d’accord que la sécurité des Européens est importante et que l’Union Européenne doit se donner les moyens pour lutter contre le terrorisme. Mais je suis également très réticent vis à vis de tout ce qui peut freiner la liberté de circulation entre les deux rives de l’Atlantique, comme je suis réticent vis à vis de la multiplication des bases de données sur les citoyens. Un fichage qui est de plus en plus systématique, à mon grand regret.

Heureusement, rien de similaire n’est encore prévu au Canada. Pour le moment.

février 13, 2008   14 commentaires